I – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION

« La Ville » de Paul Claudel, entre révolte, poésie et transcendance

Qu’est-ce qui a incité Claudel à faire de la Ville – avec un V majuscule – le sujet d’une pièce de théâtre ? Autant demander pourquoi l’Ancien Testament s’intéresse aux villes, les considérant : tantôt comme inéluctables, telle que Hénoch, la ville bâtie par Caïn en terre de Nod, terre d’exil à l’Orient d’Éden, ou bien comme Harran, la ville refuge de Jacob, neveu de Laban ; tantôt comme perverties, telles Sodome et Gomorrhe, ou déchue telle Babylone, dont les habitants, victimes de la démesure de leur ambition, furent dispersés ; tantôt encore comme maudite, telle Ninive, destinée à être détruite par Jonas sur ordre de Dieu, avant de se repentir. Autant dire que le jugement porté sur les villes terrestres dans les Écritures n’est guère positif, nonobstant le fait que Jérusalem sera promue ville céleste.

Lire la suite « I – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION »

II – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION

Les Cinq cents millions de la Bégum : France-Ville survolée par l’obus de Herr Schultze Dessin de Léon Benett (PICRYL)

Les deux visages de la ville vus à travers « Les Cinq Cents Millions de la Bégum » de Jules Verne

Quoi de plus osé que de rapprocher La ville de Paul Claudel des Cinq Cents millions de la Bégum de Jules Verne, la mystique à la fantaisie. Quand l’une de ces deux œuvres parle à la conscience des chrétiens à travers une pièce de théâtre, l’autre parle au monde de l’enfance dans un roman ; monde de l’enfance qui est aussi celui de l’adulte trop souvent perdu que Verne a le génie de nous faire revivre. Mais de quoi ces deux œuvres parlent-elles ? De la ville : ville de la révolution dans le premier cas, ville jumelée des confins Nord-Ouest des États-Unis dans le second, où elle offre, côte à côte, ses deux visages antagonistes, dystopie évoquant l’Enfer, d’une part, Éden urbain, d’autre part.

Lire la suite « II – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION »

XVI – UNE LITTERATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE – 4) «La forme d’une ville» de Julien Gracq

320px-Place-royale_nantesNantes : Place Royale – Photo Pirmil / Wikimedia Commons (Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported2.5 Generic2.0 Generic and 1.0 Generic license)
Lire la suite « XVI – UNE LITTERATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE – 4) «La forme d’une ville» de Julien Gracq »

XVI – UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE – 2) « Le paysan de Paris » de Louis Aragon

imagesPassage de l’Opéra – Photo Hendrike / Wikimedia Commons

162px-Paris_Parc_Butte_Chaumont_01

Parc des Buttes Chaumont : Le belvédère. Photo Patrick Giraud / Wikimedia Commons

                                                   Le paysan de Paris de Louis Aragon

Nous faire découvrir Paris avec les yeux d’un paysan, tel est le propos de ce double récit de Louis Aragon. Après le symbolisme d’Ulysse, le réalisme de Berlin Alexanderplatz et de Manhattan transfer, plongée dans le surréalisme du Paysan de Paris. Aragon nous prévient dès sa préface : c’est à une mythologie moderne qu’il nous introduit à travers le passage de l’Opéra et le parc des Buttes-Chaumont. Mythologie où imagination et réalité, raison et sensualité, erreur et vérité, ombre et lumière se confrontent dans une évidence qui défie Descartes : « A toute erreur des sens correspondent d’étranges fleurs de la raison. » C’est ce qu’une simple promenade dans la ville, toute en faux-semblants, nous prouve, une fois débarrassés de nos préjugés ; ce qu’illustre Le paysan de Paris, magnétisé par deux pôles de la capitale : le passage de l’Opéra et sa société interlope, d’une part, le parc des Buttes-Chaumont, simulacre de nature sauvage, d’autre part. Lieux tous deux de la nostalgie : d’un passé historique voué à la démolition et à l’oubli pour le premier, d’un paradis perdu pour le second. Lieux décrits avec minutie, un rare souci d’exactitude et de sens de l’orientation qui rappelle Instantanés d’Alain Robbe-Grillet. Réalisme descriptif qui sitôt rendu se mue en onirisme. Sans doute n’y avait-il pas de meilleur moyen de démontrer que le surréel s’enracinait bien dans le réel.

Lire la suite « XVI – UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE – 2) « Le paysan de Paris » de Louis Aragon »

XVI – UNE LITTERATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : 1) « Manhattan Transfer » de John Dos Passos

320px-Chrysler_Building_Midtown_Manhattan_New_York_City_1932

Manhattan, Empire State Building  – 1932 / Photo Samuel Gottscho / Wikimedia Commons

Manhattan Transfer, du nom de la station du métropolitain où s’opérait le transfert des voyageurs d’un train à l’autre entre l’île de Manhattan et le continent en raison des écartements différents de rails. Manhattan transfer symbolise ainsi à la fois une limite et l’échange avec le reste de la ville de New-York.

Lire la suite « XVI – UNE LITTERATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : 1) « Manhattan Transfer » de John Dos Passos »

XVI– UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : Un quadriptyque de villes-capitales : New-York – Dublin – Berlin – Paris

C’est à un quadriptique de l’entre-deux guerres qu’il faut se reporter pour saisir dans toute leur ampleur les mutations parallèles de la ville et de la littérature ayant en grande partie leur origine dans la première de ces deux guerres. Mutations qui, peut-être, anticipaient la seconde dans ce qu’elle révélait d’accomplissement horrifique. Il s’agit d’Ulysse (1921) de James Joyce, Manhattan Transfer (1925) de  John Dos Passos, Le paysan de Paris de Louis Aragon (1926) et Berlin Alexanderplatz (1929) d’Alfred Döblin. Outre Paris, découverte par un œil neuf, celui du paysan, les trois autres villes capitales, Dublin, New-York[1], Berlin, sont sillonnées, par leur héros respectif ou plutôt leur anti-héros : Leopold Bloom, Ellen Thatcher, Franz Biberkopf. Tous errants entre attirance et rejet de la grande ville, indissociable de ses séductions comme de ses turpitudes[2], avec, dans ces quatre œuvres, une constante propre à notre culture occidentale, à savoir l’importance prise, en contrepoint de l’agitation ou de l’enfer des villes, par le bistrot, le pub ou la taverne, ultimes refuges après l’immersion ou la Chute, lieux de rencontre et, l’alcool aidant, de dispute au  double sens, scolastique et commun, du terme.

Ecrits entre les deux-guerres, deux de ces récits se situent avant la première, du moins son terme : Ulysse et Manhattan Transfer ; deux après : Berlin Alexanderplatz et Le paysan de Paris.

Lire la suite « XVI– UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : Un quadriptyque de villes-capitales : New-York – Dublin – Berlin – Paris »

XVI – UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : « Dans la jungle des villes » de Bertolt Brecht

146px-D028-pierre_portant_une_inscription_hétéenne-côté_plat.-L2-Ch4

Inscription hétéenne (hittite) reproduite dans L’homme et la terre d’Élisée reclus (photo Wikimedia Commons).

Une littérature de l’espace et de la ville

Jorge Luis Borges, en 1941, avait imaginé dans sa nouvelle ayant pour titre La bibliothèque de Babel[1], une bibliothèque éternelle rassemblant tous les livres possibles déjà écrits et restant à écrire d’un certain format – 410 pages – et d’une combinatoire indéfinie de 22 lettres, métaphore d’une ville-univers, « sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque et dont la circonférence est inaccessible », habitée par une race d’hommes à la recherche du livre ultime qui leur révélerait la Vérité. Mais, outre que l’univers et encore moins la ville n’ont l’éternité pour eux, il n’est pas sûr que les villes contemporaines aient encore un centre et il est certain qu’elles n’ont plus de circonférences.

Lire la suite « XVI – UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : « Dans la jungle des villes » de Bertolt Brecht »