Tête de Janus, dont la représentation masque ici l’antagonisme – Musée du Vatican – Photo Loudon Dodd / Wikimedia Commons
Tel Janus, le « Grand Ensemble » se dresse avec sa double face : celle de la rébellion opposée à celle de la lucidité et du courage. Libre interprétation du mythe antique, dont la double figure incarne l’avenir opposé au passé, mais aussi la guerre et la paix ; métaphore du grand ensemble qui, après avoir délibérément et brutalement tourné le dos au passé dans les années 50-60, hésite encore aujourd’hui à regarder l’avenir en face.
La mutation de l’espace urbain : les quartiers Nord de Marseille
Les quartiers de Marseille
D’une manière générale l’orientation nord n’a jamais suscité de grand enthousiasme ; est-ce la raison pour laquelle les quartiers Nord de Marseille n’ont pas bonne réputation ? Après tout, le centre-ville est à peine mieux coté, la bourgeoisie ayant boudé les investissements des frères Pereire et la percée haussmannienne de la rue de la République(ex-rue Impériale) pour jeter son dévolu sur le sud. Attraction des Calanques ?
Pourtant le nord, territoire de coquettes bastides, ne manquait pas d’atouts, traversé qu’il était par les routes conduisant à l’étang de Berre et à Aix-en-Provence. Sous le second empire, le secteur n’en servit pas moins de déversoir d’une population interlope expulsée du centre-ville en vue de la réalisation de projets de rénovation inspirés des grands travaux du baron Haussmann censés le revitaliser, mais avortés, la bourgeoisie ayant choisi d’investir au sud plus plaisant, contribuant à la déqualification du centre de la ville et à l’abandon des quartiers nord.
Dans ces conditions priorité fut donné à la réalisation de pénétrantes, et de voies de contournement destinées à désengorger le centre, au besoin par le truchement d’une procédure de ZUP. La vitesse toujours, l’espace sacrifié au temps.
La laïcité dans l’espace public et le dialogue interreligieux à La Duchère
Si l’architecture est une expression de la culture, l’architecture religieuse étant celle de la foi pose la question de la place du religieux dans l’espace public, défi à la laïcité. Les cultes ne sont pas, à cet égard, tous logés à la même enseigne. Si les cathédrales, les églises, propriété de l’Etat ou des communes, ne sont pas seulement ouvertes aux fidèles mais à tout public, touristes notamment qui peuvent admirer les plus belles d’entre elles pour leur architecture, on ne peut en dire autant d’autres lieux de culte réservés à leurs adeptes.
Les 4000 de La Courneuve : résidence Genève-Leclerc Olivier
Pour une « révolution copernicienne » du renouvellement urbain : renversement méthodologique
« … être dans une œuvre de l’homme comme poissons dans l’onde, d’en être entièrement baignés, d’y vivre, et de lui appartenir… » Paul Valéry : Eupalinos ou l’Architecte
La pandémie a fait émergé son lot de scandales, dont beaucoup se révèleront n’être que des pseudo-scandales. S’il est pourtant un vrai scandale, tant par sa violence que par sa durée, c’est bien celui de la situation dans laquelle sont maintenus depuis près d’un demi-siècle les grands ensembles de la périphérie des villes et des métropoles, et ce, malgré les efforts prodigués par une Politique de la Ville depuis plus de trente ans, politique erratique, qui laisse encore planer des doutes sur sa pertinence.
Si nous sommes tous égaux face au Coronavirus le confinement nous aura montré que nous ne le sommes pas quant aux conséquences économiques et sociales de l’épidémie. En témoigne la situation de nombre de quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), dont les habitants subissent de plein fouet l’impact non seulement sur leur santé mais également dans leur vie quotidienne du fait de mesures barrières qui viennent redoublées les contraintes inhérentes à leur situation sociale et condition de logement. Et ce, d’autant plus que lesdits quartiers sont en général sous équipés par rapport à la moyenne nationale (en lits d’hôpitaux entre autres), alors même que leurs habitants vivent dans des conditions qui justifieraient un effort accru en la matière. La Seine-Saint-Denis, département dont la population en QPV est la plus importante d’Ile-de-France, est à cet égard emblématique avec un taux de surmortalité de + 128,9 % (contre + 89,8 % à Paris) entre le 1er mars et le 27 avril. La taille moyenne des logements, très inférieure dans le département à ce qu’elle est à Paris (18 m² par personne contre 25 m²), illustre par ailleurs le surcroît de gêne que le confinement peut occasionner pour les familles.
Vue aérienne du nord de l’agglomération parisienne : Argenteuil et Bezons Citizen59 / Flickr
Dans une
lettre de mission du 4 avril 2019 à Jean-Luc Lagleize, député de Haute-Garonne,
le Premier ministre faisait le constat suivant :
« Dans certaines zones tendues, la part du foncier dans les
opérations de construction de logements atteint couramment la moitié du coût
d’un projet. Cette situation n’est pas nouvelle. Il nous faut désormais
approfondir davantage les facteurs de renchérissement des prix du foncier, qui
sont aujourd’hui le principal frein à la production de logements.
C’est pourquoi, j’ai décidé de vous confier une mission ayant pour objet la maîtrise du coût du foncier dans les opérations de construction. »
Traversée du nord des Landes par l’A63 – Exemple emblématique de conflit entre la technique au service de l’aménagement du territoire et le souci de l’écologie. Photo Larrousiney / Wikipedia
A propos de La France des territoires, défis et promesses de Pierre Veltz
Alors que le
président Macron a ciblé le Rassemblement
National (RN) en tant que principal adversaire politique en vue des
prochaines élections municipales et que ce dernier par la voie de sa présidente
a fait passé la résorption de la fracture territoriale avant la dénonciation de
l’immigration ; alors qu’aux assises de l’Association des petites villes de France (APVF) au Pont du Gard le
19 septembre le Premier ministre déclarait que « l’acte II de ce
quinquennat est celui des territoires, de tous les territoires et de toutes les
communes », sous-entendu grandes et petites, et que Marine Le Pen lançait le 15 septembre à Fréjus
pour sa rentrée politique le mot d’ordre de
« démétropolisation » ; alors que la reconquête des territoires
ruraux est l’objectif de La République en
marche! (LRM) et que celui
du RN est de séduire les habitants
des grandes villes, il est plus que jamais opportun de reprendre le fil des
réflexions de Pierre Veltz à travers son dernier ouvrage paru en début d’année
aux Editions de l’aube afin d’y voir plus clair et fourbir ses armes en vue des
futures échéances électorales.
Guy Burgel Professeur de géographie urbaine. Université Paris-Nanterre
Michel Wieviorka
Président du directoire.
de la Fondation de la maison
des sciences de l’homme
Marie-Vic Ozouf-Marignier
Directrice d’études.
École des Hautes Études
en Sciences Sociales
Patrick Février
Secrétaire délégué du Comité
d’histoire.
MTES-MCTRCT
Les vacances, temps de pose propice au murissement ; il n’en fallait peut-être pas moins pour reprendre le fil de réflexions que l’incendie de Notre-Dame avait auparavant placé au premier plan de l’actualité, réveillant en nous des valeurs qu’on croyait définitivement pétrifiées dans la pierre, en révélant la vitalité autant que la vulnérabilité.
C’est ainsi que dans le cadre du partenariat entre l’IGU, la FMSH, l’EHESS et le Comité d’Histoire, nous poursuivons la publication des comptes rendus du cycle du séminaire 2018-2019 : « Financiarisation de la ville et liberté du politique ». Il s’agit du troisième et dernier volet de ce cycle après celui de la session du 20 décembre 2018 : « Promotion immobilière et forme urbaine » et celui du 22 mars 2019 : « Investissements privés et services publics« .
Guy Burgel Professeur de géographie urbaine. Université Paris-Nanterre
Michel Wieviorka
Président du directoire.
de la Fondation de la maison
des sciences de l’homme
Marie-Vic Ozouf-Marignier
Directrice d’études.
École des Hautes Études
en Sciences Sociales
Patrick Février
Secrétaire délégué du Comité
d’histoire.
MTES-MCTRCT
L’actualité nous rattrape a l’habitude de dire Guy Burgel. Elle a, en contrepartie, le mérite de nourrir la réflexion, à charge pour nous de décrypter les ressorts qui engagent notre devenir, de déchiffrer les signes avant-coureurs de ce que l’avenir nous réserve : promesses et menaces mêlées.
Nous poursuivons, dans le cadre du partenariat entre l’IGU, la FMSH, l’EHESS et le Comité d’Histoire, la rédaction des comptes rendus du cycle du séminaire 2018-2019 portant sur « Financiarisation de la ville et liberté du politique ». Après celui de la session du 20 décembre 2018 consacrée à « Promotion immobilière et forme urbaine« , nous abordons, aujourd’hui, les problématiques liées des « Investissements privés et services publics », objet de la session du 22 mars dernier.
Les urbanistes auront noté avec intérêt, du moins ceux qui sont sensibles à la dimension sociale de l’urbain, qu’à Sainte-Anne l’équipe médicale utilisait un logiciel de simulation de la ville pour aider les schizophrènes à sortir de leur enfermement psychologique : « Les premiers résultats montrent une amélioration de l’attention, de la sensation de bien être physique et de la qualité des interactions sociales », commente un psychiatre du service.
La ville contemporaine en
libératrice des aliénés, jadis irrémédiablement enfermés dans l’hôpital
général.
Aux urbanophobes de tirer les
leçons de l’expérience, sans pour autant porter préjudice à l’écologie, dont la
ville, d’abord réticente, porte avec un engouement croissant les habits neufs.
Ville d’autant plus désaliénante qu’elle est verte.
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Référence : Le Monde du 24 juin 2015, supplément « Science et Médecine ».
Image extraite de l’édition Hugues (1877) des oeuvres de Victor Hugo Vue de la cathédrale vers 1825 (Flickr)
Ainsi, jusqu’à Gutenberg, l’architecture est l’écriture principale, l’écriture universelle. Ce livre granitique commencé par l’Orient, continué par l’antiquité grecque et romaine, le Moyen-Age en a écrit la dernière page. Victor Hugo – Notre-Dame de Paris
Paradoxes d’une torche vivante, bien que de bois, de pierre et de zinc, dans le ciel crépusculaire de Paris.
Les pierres jadis façonnées par la main de l’homme pour la construction de nos édifices avaient pour elles la longévité et l’avantage de lui survivre par-delà les générations. Aujourd’hui, l’homme aurait-il voulu prendre sa revanche en substituant à la pierre le béton, malaxé par les bétonneuses, voué prématurément à la destruction des bulldozers ? Au détriment de la mémoire, inscrite dans la pierre, dont la trace se perd désormais dans nos débauches de constructions toutes plus insignifiantes et précaires les unes que les autres.