I – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION

« La Ville » de Paul Claudel, entre révolte, poésie et transcendance

Qu’est-ce qui a incité Claudel à faire de la Ville – avec un V majuscule – le sujet d’une pièce de théâtre ? Autant demander pourquoi l’Ancien Testament s’intéresse aux villes, les considérant : tantôt comme inéluctables, telle que Hénoch, la ville bâtie par Caïn en terre de Nod, terre d’exil à l’Orient d’Éden, ou bien comme Harran, la ville refuge de Jacob, neveu de Laban ; tantôt comme perverties, telles Sodome et Gomorrhe, ou déchue telle Babylone, dont les habitants, victimes de la démesure de leur ambition, furent dispersés ; tantôt encore comme maudite, telle Ninive, destinée à être détruite par Jonas sur ordre de Dieu, avant de se repentir. Autant dire que le jugement porté sur les villes terrestres dans les Écritures n’est guère positif, nonobstant le fait que Jérusalem sera promue ville céleste.

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II – LA VILLE, L’UTOPIE ET LA RÉVOLUTION

Les Cinq cents millions de la Bégum : France-Ville survolée par l’obus de Herr Schultze Dessin de Léon Benett (PICRYL)

Les deux visages de la ville vus à travers « Les Cinq Cents Millions de la Bégum » de Jules Verne

Quoi de plus osé que de rapprocher La ville de Paul Claudel des Cinq Cents millions de la Bégum de Jules Verne, la mystique à la fantaisie. Quand l’une de ces deux œuvres parle à la conscience des chrétiens à travers une pièce de théâtre, l’autre parle au monde de l’enfance dans un roman ; monde de l’enfance qui est aussi celui de l’adulte trop souvent perdu que Verne a le génie de nous faire revivre. Mais de quoi ces deux œuvres parlent-elles ? De la ville : ville de la révolution dans le premier cas, ville jumelée des confins Nord-Ouest des États-Unis dans le second, où elle offre, côte à côte, ses deux visages antagonistes, dystopie évoquant l’Enfer, d’une part, Éden urbain, d’autre part.

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XVI– UNE LITTÉRATURE DE L’ESPACE ET DE LA VILLE : Un quadriptyque de villes-capitales : New-York – Dublin – Berlin – Paris

C’est à un quadriptique de l’entre-deux guerres qu’il faut se reporter pour saisir dans toute leur ampleur les mutations parallèles de la ville et de la littérature ayant en grande partie leur origine dans la première de ces deux guerres. Mutations qui, peut-être, anticipaient la seconde dans ce qu’elle révélait d’accomplissement horrifique. Il s’agit d’Ulysse (1921) de James Joyce, Manhattan Transfer (1925) de  John Dos Passos, Le paysan de Paris de Louis Aragon (1926) et Berlin Alexanderplatz (1929) d’Alfred Döblin. Outre Paris, découverte par un œil neuf, celui du paysan, les trois autres villes capitales, Dublin, New-York[1], Berlin, sont sillonnées, par leur héros respectif ou plutôt leur anti-héros : Leopold Bloom, Ellen Thatcher, Franz Biberkopf. Tous errants entre attirance et rejet de la grande ville, indissociable de ses séductions comme de ses turpitudes[2], avec, dans ces quatre œuvres, une constante propre à notre culture occidentale, à savoir l’importance prise, en contrepoint de l’agitation ou de l’enfer des villes, par le bistrot, le pub ou la taverne, ultimes refuges après l’immersion ou la Chute, lieux de rencontre et, l’alcool aidant, de dispute au  double sens, scolastique et commun, du terme.

Ecrits entre les deux-guerres, deux de ces récits se situent avant la première, du moins son terme : Ulysse et Manhattan Transfer ; deux après : Berlin Alexanderplatz et Le paysan de Paris.

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