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Il faut admettre, définitivement, que toute oeuvre d’art, une fois rendue publique, échappe à son auteur, s’en détache, de sorte que c’est sans complaisance aucune qu’on peut à la fois condamner l’homme pour ses actes passés et célébrer l’oeuvre pour les promesses d’avenir qui lui sont inhérentes.
« J’accuse » de Roman Polanski, « Les Misérables » de Ladj Ly, sans préjuger des turpitudes passées de leurs auteurs, sont dans ce cas. Le « J’accuse » de Polanski parce qu’il s’inscrit dans une conjoncture marquée par le retour d’un antisémitisme sordide, « Les misérables » de Ladj Ly parce qu’il montre crûment ce que l’on persiste à reléguer loin de la vue des quartiers bourgeois, avec toutefois le risque que le « spectacle » offert, toujours partiel et partial, masque une partie de la réalité ou l’occulte dans ce qu’elle a de dérangeant.
Au public de s’approprier l’oeuvre d’art selon des critères esthétiques, à la société de juger l’homme en droit selon les normes morales en vigueur.
Il y a belles lurettes, bonnes âmes, que nous avons fait nôtres, quelques furent les forfaits de leur auteur, les oeuvres du Caravage.
