XXVI – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : un partenariat public-privé élargi

Chères lectrices, chers lecteurs

Un regard rétrospectif sur les politiques urbaines de la seconde moitié du XXe siècle nous aura, espérons-le, permis de saisir l’importance des évolutions et leurs limites, puisque, selon  Tancrède, le neveu du Guépard, pour « que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ».

Au terme de notre parcours prenant à témoin les 4000 de La Courneuve, Lyon-La Duchère et les quartiers Nord de Marseille, un bref rappel s’impose. C’est en juin 1964 que le Comité interministériel pour l’aménagement du territoire, encore sous l’influence de « Paris et le désert français » de J.-F. Gravier, instituait huit métropoles d’équilibre bientôt rejointes par cinq nouvelles. Quarante-six ans plus tard, par une loi du 16 décembre 2010, dite de « réforme des collectivités territoriales », était, entre autres dispositions, créé un nouveau statut de métropole en vue de renforcer les territoires ; les grandes agglomérations de l’hexagone étant censées être le moteur de leur croissance et de leur attractivité.  A la faveur de la victoire de la gauche aux présidentielles de 2012, était votée la loi de Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014 refondant les dispositions de la loi de 2010. Dans la foulée, la loi portant Nouvelle organisation territoriale de la République du 7 août 2015 (NOTRe) visait, conjointement à la réduction du nombre des régions métropolitaines, à  clarifier les compétences des collectivités territoriales. Au 1er janvier 2018, l’hexagone compte, au titre de ces lois, 21 métropoles, dont 3 à statut particulier : le Grand Paris ainsi que les métropoles d’Aix-Marseille-Provence et de Lyon (Grand Lyon).

Entre 1964, date de constitution des métropoles d’équilibre, et 2010, date de création du statut des nouvelles métropoles, d’une part la loi Boscher est intervenue le 10 juillet 1970 pour faciliter la création d’agglomérations nouvelles destinées, en réaction à la politique des grands ensembles, à absorber la croissance démographique de la capitale et des métropoles tout en desserrant leur tissu urbain ; d’autre part le retournement de la conjoncture allait précipiter une réorientation de la politique d’aménagement du territoire, initiée par le VIe plan (1971-1975), en faveur des villes moyennes, trait d’union entre grandes et petites villes, entre métropoles et monde rural (cf. les contrats de villes moyennes). Cinq décennies plus tard, en décembre 2017, le gouvernement annonçait un nouveau plan doté de 5 milliards sur 5 ans destiné à soutenir le développement des villes moyennes et à revitaliser leurs centres.

Voilà pour la politique urbaine, à laquelle est venue se superposer dans les années 70 la politique de la ville avec le lancement des procédures Habitat et Vie sociale (HVS). Outre la loi d’Orientation du 13 juillet 1991 consacrant le droit à la ville, rappelons que le 13 décembre 2000 était promulguée la loi relative à la Solidarité et au Renouvellement urbain et le 1er août 2003 la loi d’Orientation et de Programmation pour la Rénovation urbaine (cadre d’opérations de « construction-démolition ») évoquant les procédures du même nom, objet d’un décret du 31 décembre 1958 (opérations dites « bulldozer »). Mais, le 14 février 2014 était promulguée la loi de Programmation pour la Ville et la Cohésion urbaine revenant à la notion de « renouvellement urbain ». Et, le 14 novembre dernier, le président de la République en visite dans le Nord annonçait le retour de J.-L. Borloo, auteur de la loi de 2003, chargé de l’élaboration d’un nouveau plan en faveur des quartiers en difficulté.

« Eternel retour », peut-être, mais sûrement pas « du même », tant les conjonctures sont différentes et les contextes nouveaux. Allers-retours sémantiques, révélateurs d’errements méthodologiques à l’origine d’impasses et de dérives ayant brusqué une évolution faisant passer à l’arrière plan les politiques urbaines, supplantées par des politiques de la ville appelées à en corriger les défaillances. D’où, entre autres mesures à caractère social, les investissements, publics et privés, destinés à pallier les écarts de développement entre territoires (objet du présent article) justifiant le remplacement du ministère en charge de la ville par un ministère de la cohésion des territoires.

Bonne lecture.

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Siège de la Caisse des Dépôts et Consignations
Quai Anatole France – Paris 7e
Photo Metalheart/Wikimedia Commons

3.  Un partenariat public privé élargi : plus d’investissement privé dans les quartiers prioritaires politique de la ville, plus d’Etat en dehors

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XXVII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : l’égalité et la citoyenneté au secours de la solidarité et du renouvellement urbain

Chères lectrices, chers lecteurs

Dans notre précédent article nous avons cherché à démontrer comment la résorption des écarts de développement entre les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville (QPV) et les autres quartiers impliquait à la fois plus d’investissement privé dans les premiers et plus d’Etat dans les seconds. Equilibre sans doute difficile à atteindre en période de restriction budgétaire et en raison du manque d’attractivité des quartiers dits prioritaires, sachant que l’attractivité dépend de l’investissement privé et en est « en même temps » la condition. C’est dire combien il importe de jouer sur tous les leviers du renouvellement urbain, relevant tant du cadre architectural et paysager que des équipements et du développement économique : cercle vertueux auquel est suspendue la réalisation d’une égalité des chances entre territoires, objectif désormais assigné au nouveau ministère de la cohésion des territoires concentrant les attributions des deux précédents ministères réciproquement en charge de l’aménagement du territoire et de la ville. Ce n’est pas parce que la ville s’efface derrière les territoires qu’elle disparaît ; bien au contraire puisque, de la ville ou de la campagne, nous sommes tous tributaires d’une civilisation urbaine, mais les inégalités économiques sont d’autant plus assurées de perdurer qu’elles se cristallisent dans les valeurs foncières.

Il est, toutefois, un autre enjeu que les attentats de 2015 et 2016 ont  contribué à mettre en avant : celui de la « mixité » censée pallier les méfaits de disparités sociales redoublées par les fractures territoriales. D’un problème de nature économique on est passé brutalement à un problème de peuplement impliquant la sélectivité, au risque d’occulter le premier,        pourtant  déterminant  :  d’où  l’accent  désormais  mis  sur  la « cohésion » plutôt  que  sur  l’ « aménagement ».

Tel est le sujet de l’article que nous vous proposons cette semaine, avant d’aborder la semaine prochaine la question, qui fait polémique, de la place de la religion dans l’espace public, laquelle fera l’objet du dernier article de notre feuilleton sur le « renouvellement urbain » appréhendé à travers les Quatre mille de La Courneuve, Lyon-La Duchère et les quartiers Nord de Marseille.

Bonne lecture.

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La Courneuve – Quatre mille Sud
Ecole Joséphine Baker

4. L’égalité et la citoyenneté au secours du la solidarité et du renouvellement urbain

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XXVIII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : espace public, espace privé – culture et religion

Des tulipes pour un massacre ?

Palais de Tokyo et Musée d’Art moderne de la ville de Paris, vus des quais de la Seine

Par les temps qui courent, il n’est pas bon de s’ériger en censeur, pas plus moralement qu’esthétiquement parlant. Mais, s’agissant du projet d’implantation du Bouquet of tulips de Jeff Koons entre le Musée d’Art moderne de la ville de Paris et le Palais de Tokyo, l’enjeu est autre : politique ; entendu au sens originaire du terme en ce qu’il a à voir avec la Cité.

Certes tous les autres enjeux méritent examen : non seulement moral et esthétique, mais symbolique et médiatique, commercial et économique, cependant que l’enjeu politique les dépasse tous pour les englober.

Qu’est-ce à dire ? Sinon que, au risque de paraitre ringard tant la frontière entre l’art, le spectacle et la rue s’amenuise, l’œuvre d’art vaut par elle-même indépendamment du contexte où elle s’expose contrairement au monument. Et en écrivant cela, j’ai bien conscience de m’inscrire en faux par rapport à Thomas Clerc qui écrivait dans une tribune du Monde du 28 février : « Une œuvre – et plus précisément une sculpture – n’est pas seulement une pièce isolée mais appartient également à un contexte. » N’en déplaise à l’auteur de Poeasy,  sauf à adopter une conception – bien dans l’air du temps – « transgressive » de l’art, selon l’expression de Nathalie Heinich [*], la valeur d’une sculpture, pas plus que celle d’un tableau, n’est dépendante du milieu qui l’accueille. Tout juste pourrait-on parler d’anachronisme dans le cas du Baloon dog et autres installations de Jeff Koons exposées en 2008 dans la galerie des glaces du Château de Versailles, sans que l’on sache bien si,  par une ironie plus ou moins recherchée, c’est le décor baroque de Versailles qui met en valeur les œuvres de Koons ou l’inverse.

Considérées comme des œuvres d’art malgré la répétition du motif, marketing oblige, les Baloon dogs, Bouquet of tulips et autres, valent  par elles-mêmes indépendamment de l’environnement de leur exposition. Et ce, quoiqu’il en soit du décrochage de leur valeur de marché par rapport à leur valeur esthétique. En revanche, qu’un de ces Bouquet of tulips soit implanté dans l’espace public change la donne : d’œuvre d’art, elle devient monument, appartenant à part entière de ce fait à la Cité qui l’accueille, monument commémoratif en l’espèce, ce qui lui confère une dimension encore plus politique, en ce sens qu’il réfère à un évènement, dont le tragique nous projette au-delà de l’actualité et même, par son retentissement international, au-delà de la communauté des citadins qu’elle affecte directement.

C’est dire que son érection ne saurait pas seulement concerner le cénacle réunissant autour de l’ « artiste industriel » qu’est Jeff Koons, des galeristes, conservateurs, mécènes et politiques, mais les citadins-citoyens dans leur ensemble. Ce n’est plus à un public que l’œuvre est confrontée mais au peuple de la cité. Quel que soit le jugement que l’on porte sur sa valeur ou sur la compétence de l’artiste, elle échappe à une logique d’appropriation pure et simple pour intégrer l’espace public urbain, espace commun des citadins. Raison pour laquelle il n’apparaitrait pas infondé qu’ils soient consultés et sur le motif et sur son emplacement. Ou, pour étendre les possibles et élargir l’éventail des choix, que la proposition de Koons soit intégrée dans un concours, afin d’être mise en concurrence, sous la condition que le choix du lauréat soit soumis à la population (concours participatif).

Dans la tribune susvisée, Thomas Clerc, après avoir traité Koons de « bon artiste » mais de « personnalité de savonnette », dont il vante « l’art de la joie », mais « un art rose de Goret (et non de porc) », aurait bien proposé de « mettre cette sculpture Bonux dans une zone vierge d’art, une banlieue de Fréjus (Var) ou un coin déshérité de Montmorillon (Vienne) », si, opposer la province profonde à la métropole, ne lui avait pas paru par trop simpliste – rappelant un âge qu’on croyait révolu, celui de Paris et du désert français. C’est pourquoi, il a en fin de compte estimé plus pertinent de proposer que ce bouquet soit planté à Paris, mais « dans un terreau plus ingrat, qu’il fera reluire par contraste », autrement dit dans le XVIIIe arrondissement, quartier de la Chapelle, « le quartier des humbles gens qui sauront, eux, apprécier l’offrande à sa juste mesure ».

Peut-être ne faut-il pas trop vite accuser Thomas Clerc de mépriser, par élitisme congénital, les classes populaires, et faire la part du sarcasme inhérent à son statut d’écrivain, mais on peut bien douter que les « pequenauds » de province ou les « prolos » des lisières de la capitale, qui n’ont pas l’habitude de s’en laisser compter, soient plus sensibles aux couleurs acidulées de l’art de Koons que les bourgeois du XVIe arrondissement, dont les tendances sont en symbiose avec l’univers marketing du consumérisme.  

Or, il se trouve que l’exposition Fautrier : Matière et lumière, qui se tient actuellement au Musée d’art moderne de la ville de Paris, expose un tableau de l’artiste intitulé Bouquet de tulipes. On se prendrait à douter du hasard et à croire en l’intervention du surnaturel pour nous forcer à questionner l’art contemporain, à nous défier du populisme ambiant… et à rêver que le Bouquet de tulipes de Fautrier entouré de ses Figures d’Otage soit projeté sur  les mieux exposés des murs aveugles de la capitale ; l’art de Fautrier, si informel soit-il, valant bien le pop’art revu par Koons, pour commémorer des actes de barbarie !

N’y va-t-il pas, en outre, de la fonction critique de l’art, déniée par Koons ?

Bouquet de tulipes de Jean Fautrier (1939)

Concernant cette « affaire » chacun a en tête des précédents célèbres : Guernica, les Nymphéas, parmi d’autres. Toutes œuvres réalisées dans des conjonctures et des contextes différents mais ayant en commun de l’avoir été pour commémorer des évènements, tragiques ou heureux, c’est selon. Petit rappel pour rester bien conscient qu’en commémorant ainsi par la médiation de l’art, c’est aussi un artiste que l’on honore.

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[*] C’est-à-dire se moquant des frontières. Cf. Le triple jeu de l’art contemporain. Sociologie des arts plastiques (1999).

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Les attentats de 2015 et 2016 n’ont pas laissé indifférente la population des grands ensembles, les jeunes notamment, sensibles aux sirènes du djihadisme. Bien que notre projet d’étude ait été déposé bien avant les attentats, nous ne pouvions pas passer sous silence la déferlante qui en a résulté mais nous a pris de court alors que notre enquête était déjà bien entamée. C’est l’objet de notre présent article, trop bref sur un sujet d’importance, mais sur lequel nous reviendrons prochainement dans une postface. Cet article clôturera la synthèse comparative de notre étude-témoigange sur les Quatre mille de La Courneuve, La Duchère à Lyon et les quartiers Nord de Marseille, réalisée avec le soutien de l’Institut CDC pour la Recherche, la SCET, filiale de la CDC, animatrice du réseau des sociétés d’économie mixte, et l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional d’Aix-en-Provence.

Bonne lecture.

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Duchère : Flèche de l’église de Balmont convertie en cinéma d’Art et d’Essai

5. Espace public, espace privé : culture et religion

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TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN – Postface : marginalité et terrorisme

Chères lectrices, chers lecteurs

Ce projet d’étude a été déposé auprès de l’Institut CDC pour la Recherche à l’automne 2011 et n’a vraiment pu démarrer pour des raisons administratives et financières qu’en 2013. Les difficultés rencontrées lors de son déroulement et le décrochage en cours de route de l’IUAR d’Aix-en-Provence sollicité pour nous appuyer méthodologiquement ont fait qu’il n’a pu être terminé que fin 2016. C’est dire que nous avons été vite rattrapés par l’actualité mais que, prisonnier de notre cadre de recherche, le phénomène djihadiste ainsi que l’écho des attentats meurtriers de 2015 et 2016 en banlieue, n’ont pu être abordés qu’à la marge et d’une manière superficielle, et ce malgré notre volonté d’adapter la démarche initiale et notre souhait de coller au plus près du présent comme du réel. Pourtant, sachant bien qu’il n’y avait aucun lien de filiation directe avec la condition urbaine, les événements douloureux que nous avons connu à partir de 2015, même non évoqués, restaient présents à l’arrière plan de nos entretiens, et la question qui hantait nos interlocuteurs était de savoir pourquoi les drames vécus étaient différemment perçus ici ou là et pourquoi des jeunes, en particulier, se montraient si sensibles à l’idéologie mortifère véhiculée par certains groupes ou leaders religieux.

La récente actualité – les attaques terroristes de Carcassonne et Trèbes – est malheureusement venue nous rappeler que le monstre – Léviathan qui sème la terreur, au contraire de celui de Hobbes, garant de la paix civile – restait tapi dans son antre, abruti de bêtise, nourri de haine, de frustration et de violence refoulée. Par qui et pourquoi ? Comment a-t-on pu se laisser surprendre, après tant de « rage » accumulée, par l’explosion de fureur apocalyptique qui s’en est suivi, alors que les signes avant-coureurs de la crise des valeurs, ébranlées par les coups de boutoirs des migrations, étaient ignorés. Vaincu sur son terrain moyen-oriental, l’EI séduit toujours, son idéologie se repaissant de l’exécration de la civilisation occidentale surprise en déficit de sens et prise en défaut d’intégration.

Raison suffisante pour revenir sur le sujet et chercher un éclairage chez les auteurs, chercheurs et penseurs de tous horizons, qui se sont penché sur les maux dont notre société ne saurait s’absoudre en en rejetant systématiquement sur les autres, la banlieue ou l’étranger, la cause et la responsabilité. Et raison nécessaire de ne pas lâcher prise, pour se donner les moyens, au-delà du traitement symptomatique, d’enrayer les dérives délétères qui minent notre vivre-ensemble, sans surestimer, ni, inversement, sous-estimer, les effets de lieu.

Bonne lecture.

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La Duchère – Château d’eau, oeuvre de François- Régis Cottin, architecte, et de Nicolas Esquillan, ingénieur Il n’y a pas de causes si modeste soit-elle qui ne mérite un monument

Retour sur une enquête miroir de nos errements

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RETOUR A VIRILIO : destin de l’espace dans la société postindustrielle

Lorsque la situation paraît bloquée, que la politique suivie patine, bégaye – comme la politique de la ville depuis quelques dizaines d’années – il peut être tentant de prendre des chemins de traverse dans l’espoir, qu’à un tournant, l’horizon se dégage suffisamment pour permettre de se poser et que, le scrutant, l’on finisse par discerner quelques voies déjà tracées par d’autres, mais non encore explorées. C’est à quoi, modestement tant le sujet recèle d’embuches, s’essaye le texte qui suit, inspiré de lectures plurielles à la croisée de la philosophie et des sciences humaines : rendre compte, d’une part, des impasses où nous conduisent nos tendances les plus spontanées, parce que conformes à nos intérêts immédiats, et des blocages auxquels les plus fécondes – qui sont aussi le plus souvent à contre-courant – au contraire se heurtent ; chercher, d’autre part, derrière les mots – « rénovation urbaine », « renouvellement urbain » par exemple − à les anticiper pour mieux les départager.

Dans un temps où, comme le relève dans Le Monde daté des 14 et 15 septembre Sylvia Zappi[1], la banlieue, après avoir espéré en un changement de cap se sent abandonnée, mettant ses derniers espoirs dans la création d’une coordination citoyenne dénommée « Pas sans nous », il est urgent de rechercher des pistes sur la base desquelles renouer le dialogue et redonner confiance. A trop désespérer du politique, la tentation du terrorisme gagne du terrain. C’est en misant sur les capacités d’adaptation de l’homme et en prenant en compte ses aspirations, et non en manipulant, que l’on pourra espérer refonder la société en ses territoires sur un principe de solidarité, incontournable si on veut réintégrer les périphéries ou, selon le beau titre du blog de Sylvia Zappi, remettre « la banlieue au centre » : moins la recentrer géographiquement que politiquement pour combler le vide politique propice au développement des phantasmes extrêmes. Mais il serait encore nécessaire de créer les conditions favorables à l’émergence de collectifs comme « Pas sans nous » à même de « repolitiser » les problèmes, les situer au bon niveau : celui où ils sont susceptibles de trouver des solutions ; de consentir les moyens financiers et organisationnels à la hauteur des besoins ; de se donner, enfin, plus de souplesse en s’efforçant d’alléger la réglementation et simplifier les procédures (le social est d’autant plus verrouillé par les règlements que l’économie est plus dérégulée). Ce sont les cadres trop rigides de l’action qu’il faut desserrer pour libérer les initiatives à même de surmonter les clivages idéologiques, sociaux et politiques.

Puisse cela ne pas être en vain, être suivi d’effets, tant les fractures territoriales menacent la cohésion sociale.

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[1] Article titré : En Banlieue, la colère contre la « trahison » de Hollande.

5061claude_parentArchitecture oblique de Claude Parent : projet présenté à la biennale de Venise de 1970 / Google Image / Naturallyjo Exactitude
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XVIII – D’UN GHETTO L’AUTRE — 11) La loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du 21 février 2014 à la lumière des analyses et propositions d’Eric Maurin, Laurent Davezies, Jacques Donzelot et Milena Doytcheva

imagesPalais Bourbon : façade nord dessinée par Bernard Poyet sous Napoléon 1er – Photo Wikimedia Commons

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XVIII – D’UN GHETTO L’AUTRE —- 9) Jacques Donzelot : Une politique « pour » la ville conforme à l’esprit de la ville (suite et fin)

InaEdu01839Cité des 4000 de La Courneuve : implosions d’immeubles.

 Jacques Donzelot : « Une politique pour la ville » conforme à « l’esprit de la ville » (suite et fin)

En renvoyant dos à dos des couches sociales ségrégées dans des espaces assignées, ne néglige-t-on pas les ressources propres que tant les secteurs de relégation que les secteurs périurbains recèlent ? Et comment, dans ces conditions, refaire société ? Donzelot, tirant les conséquences de sa propre analyse sur la tripartition de la ville en secteurs séparés, préconise, dans Quand la ville se défait – Quelle politique face à la crise des banlieues ? (2006), trois types de mesures pour « restaurer les capacités d’intégration de la ville : celles-ci consistent non pas à manipuler et à disperser les hommes comme les choses au nom de la mixité sociale, mais à élever la capacité de pouvoir des gens sur leur vie, à faciliter leur mobilité dans la ville, à faire de celle-ci une véritable entité politique. »

 1°) « Faciliter la mobilité plutôt qu’imposer la mixité »

 Pour l’auteur, la mixité sociale repose sur une croyance plutôt que sur un savoir : « […] la mixité sociale sert beaucoup et efficacement pour contrer l’immixtion des minorités ethniques dans les centres-villes au foncier potentiellement intéressant, ou à les en évincer pour n’en garder que le cachet. Elle réussit très mal quand il s’agit d’introduire des pauvres dans des communes aisées. » Aussi, tirant les enseignements des politiques menées dans les années 70 à Chicago, il fait prévaloir les bénéfices de la mobilité, pour l’accès à l’emploi et promouvoir la sociabilité, sur la mixité imposée qui, quand elle n’est pas un leurre, est une source de frictions : « […] il est plus avantageux de faciliter la mobilité que d’imposer la mixité, même si l’exercice est moins spectaculaire, moins satisfaisant pour l’oeil du politique qui voudrait résorber au plus vite cette anomalie que sont pour lui les constructions de pauvreté. »

  2°) « Elever la capacité de pouvoir des habitants »

J. Donzelot s’appuie sur l’échelle de participation établie par Sherry R. Arntein en 1969 [1] :

 –  Niveau zéro : assimilé à de la manipulation ou à un traitement thérapeutique, l’objectif est  d’obtenir le soutien des populations par la mise en œuvre de moyens techniques relevant de la publicité ou des relations publiques. C’est de la « non-participation ».

 –  Premier niveau : réduit à de l’information ou de la consultation, il s’agit d’un appel à propositions laissant aux seuls décideurs le soin de juger de leur faisabilité. On atteint la « coopération symbolique ».

 –  Second niveau : seul niveau pouvant prétendre à la qualification de participation avec des degrés variables depuis la négociation dans le cadre d’un partenariat à la base, la délégation de pouvoir à un stade supérieur, jusqu’au contrôle citoyen au terme d’un processus assurant la maîtrise de la conception, de la planification et de la direction de programme sans intermédiaires. La participation est alors élevée au rang de « pouvoir effectif des citoyens ».

 Aux Etats-Unis, l’empowerment ou « élévation de la capacité de pouvoir » a pris le pas, dans les années 80, sur les politiques d’affirmative action  d’abord développées, suite aux émeutes des années 60, pour lutter contre la discrimination à l’embauche. L’objectif est bien d’accroître le pouvoir des gens sur leur vie. C’est ainsi qu’ont été créées les Community Development Corporations (CDC), associations dont les conseils d’administration comprennent 50% de résidents et, aussi, les Community Builders dotés de pouvoirs réels à la différence des chefs de projet de développement social urbain français[2].

 Donzelot propose de s’inspirer de l’expérience outre-atlantique pour passer d’une « démocratie participative » formelle à une « participation démocratique » réelle. Il s’agit « d’opposer une démarche procédurale de recherche du bien commun à une définition technocratique de l’intérêt général […]. » La France n’a, en effet, jamais atteint le second niveau de participation défini par Sherry R. Arnstein en raison de son attachement à une conception de l’intérêt général, inhérente à sa philosophie politique, distinct du bien commun anglo-saxon.

Dans la tradition de Rousseau, l’intérêt général est lié à une conception de la volonté générale posant la supériorité de la République sur la démocratie et dans cette optique la participation est perçue comme privilégiant la défense des intérêts particuliers.

Au contraire de l’intérêt général, la notion de bien commun implique :

    • concrètement, la recherche d’accords liant les intérêts particuliers au lieu de les opposer ;
    • l’imbrication des niveaux de décision et d’exécution, sachant que si les décideurs sont toujours distingués de ceux auxquels s’appliquent les décisions, les sphères d’intervention des uns et des autres ne sont pas séparées.

 Ainsi, la participation démocratique, qui recherche la mobilisation pour l’action, se différencie de la démocratie participative, fondée sur la légitimation de la décision. La supériorité de la première sur la seconde, nous dit en substance l’auteur à la suite de Bernard Manin[3], résulte du fait que la décision implique, au niveau individuel comme à celui de la collectivité, délibération ; laquelle tout en s’inscrivant dans le temps ne saurait, sans se vouer à l’inefficacité, ignorer l’espace de l’exécution.

 3°) « Réunifier la ville en la démocratisant »

La politique de la ville en France relève du « gouvernement à distance ». Formule plus compatible avec une  économie de moyens qu’avec la recherche de l’efficacité : « Elle découple le dispositif du contrat en attribuant la responsabilité du local aux seuls élus […] ». L’acte II de la décentralisation de 2005 a ainsi permis un relatif accroissement de l’autonomie locale déplaçant – timidement – la souveraineté vers les territoires alors qu’elle a toujours été rattachée aux individus dans les pays anglo-saxons.

Jacques Donzelot plaide pour une instance d’agglomération élue au suffrage universel renforçant les mécanismes de redistribution : « Les lieux, les quartiers, les communes, ont besoin d’exister spécifiquement, mais tout autant de se connecter, de s’ouvrir pour faire ville. Seule la communauté d’appartenance à une même entité démocratique peut permettre cet affranchissement, selon la formule d’Olivier Mongin qui évoque ainsi le sens originel de la ville, celui d’une émancipation. »

Ainsi, aux extrêmes, deux stratégies plus ou moins contraignantes pour leurs destinataires s’opposent : la stratégie people, d’une part, visant à déplacer les gens pour les sortir d’un environnement dégradé et dégradant, la stratégie place, d’autre part, misant sur le traitement des lieux pour y maintenir leurs habitants. Entre les deux se situe la people place based strategy, troisième voie, qui se fixe pour objectif d’« agir sur les gens dans les lieux où ils vivent » en leur laissant le libre choix d’y rester ou d’en sortir ; sachant que cette troisième option implique de s’inscrire dans une échelle spatiale suffisante, celle d’une agglomération démocratiquement gouvernée, pour permettre l’exercice effectif de ce libre choix.

 ***

« Bref, la politique de la ville vise à faire en sorte que la ville ne fasse plus problème. Parce que la mixité sociale aura réduit les singularités qui la menacent, comme ces concentrations de minorités, parce que la discrimination positive en faveur de ces territoires défavorisés aura permis d’y faire venir des emplois et d’y améliorer le fonctionnement des services. » En ce sens, fait remarquer l’auteur, la politique de la ville traite celle-ci plus comme un problème que comme une solution. « […] elle ne se préoccupe pas de ce qui fait l’esprit de la ville. » Cet esprit de la ville qui relève d’une logique de réseau, dont la fonction est de relier. Aussi en appelle-t-il à une « politique pour la ville ». Dans cette optique, selon une formule développée par Olivier Mongin[4], l’invention propre de la ville consiste en « la mise en oeuvre d’un espace à la fois ouvert et fermé » et non « ouvert ou fermé comme la porte ». L’image de la table suggérée par H. Arendt, qui réunit et sépare à la fois dans l’espace de la vita activa, exprime la même idée[5]. Aussi bien, c’est l’esprit de la ville qu’il faut réintroduire dans les quartiers, quartiers non pas repliés sur eux-mêmes mais intégrés dans l’agglomération et reliés à son centre, qui fait la ville.

La ville contemporaine s’inscrit donc dans une conception de l’urbain généralisé, mais qui cherche à conjurer les séparations qu’instituent la « ville à trois vitesses ». Toutefois cette ville à trois vitesses n’est pas statique, ses séparations ne sont pas figées, elle est en mouvement et c’est ce qui peut la sauver pour peu que l’on tire profit de son dynamisme pour l’infléchir et en corriger les déviations. Le recours à l’esprit de la ville nous guidera dans la recomposition de la ville défaite en prenant appui sur les bases qui ont contribué à la défaire, mais pour inverser le mouvement en permettant le passage de la citoyenneté sociale à la citoyenneté urbaine. Et pour ce faire, il faudra viser à faciliter la mobilité comme antidote à la ségrégation territorial plutôt que d’avoir recours à la mixité endogène dans les quartiers, utopique. Mobilité suggérée contre mixité infligée, dirons-nous, redoublant les qualificatifs employés par l’auteur.

Tirant les enseignements d’une déambulation dans six villes de France, Jacques Donzelot indique ce que pourrait être à l’avenir le chantier de la citoyenneté urbaine[6]. La ville postindustrielle est confrontée à la domination des flux sur les lieux. Face au défi de la mondialisation qui a ouvert toutes les vannes, elle est tentée par le repliement sur son pré carré. Au risque de se couper encore un peu plus du reste du monde. Ce n’est pas en optant pour l’immobilisme ou pire en allant à contre-courant que la ville sauvera son âme mais au contraire en s’appropriant la force du courant pour mettre en mouvement ceux qui sont captifs de leur territoire et retenir ceux qui seraient tentés de fuir. C’est nous qui interprétons, mais les conclusions de l’auteur nous semblent aller dans ce sens. Le risque est alors, en mettant l’accent sur le fonctionnement de la ville de négliger la fonction positive du conflit dans les rapports sociaux. Et la substitution du bien commun à l’intérêt général n’y changera rien. Pour renverser la dynamique qui conduit à la séparation sociale et à sa traduction spatiale, pour contrer les réactions d’évitement, il faut aussi accepter le conflit et en tirer parti pour retourner les forces antagonistes à l’oeuvre. Aux conflits de classe de la société industrielle ce seraient substitués des conflits de génération, ethniques, relatifs à la place de la religion… Comment prétendre en venir à bout en les recouvrant du voile de l’universalisme républicain ou en gommant des statistiques les caractères discriminants ? En outre, comment la classe moyenne, de solution qu’elle était dans la société des trente glorieuses pour devenir problème aujourd’hui, pourrait-elle la redevenir demain, comme le soutient l’auteur. Dans ces conditions, compte tenu de son élasticité et de la difficulté d’en marquer les bornes aux deux extrêmes, le recours à la classe moyenne comme solution, ne relève-t-il pas d’une pétition de principe ?

Empruntant, à défaut de la méthode, le vocabulaire de Bourdieu, Donzelot appelle à la « mobilisation de la société » sur la base d’une valorisation et du capital social et du capital spatial. Le capital social s’éprouve dans la dynamisation de la vie associative et la prise en charge par la collectivité de ses problèmes en prenant appui sur les pouvoir élus dans le cadre de l’agglomération. Sa valorisation passe par celle du capital spatial, expression de la capacité d’un lieu à offrir à ses habitants des opportunités d’emplois, de services, de formations, de divertissements variés… Et inversement. C’est la condition de l’accession à  une citoyenneté urbaine concrète prenant le relais d’une citoyenneté sociale, aujourd’hui diluée, quand elle n’est pas atteinte de schizophrénie.

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 Donzelot aurait ainsi au terme d’une quarantaine d’années, bouclé un cycle, d’abord renversé par Lefebvre avec sa Révolution urbaine [7] mettant l’accent sur les ressorts culturels du développement urbain ; redressé ensuite par Castells avec La question urbaine [8], dont les fondements économiques ont été, dans la tradition marxiste, réaffirmés mais mis au gout du jour du structuralisme ; clos enfin – mais provisoirement – avec cette nouvelle question urbaine qui, entre infrastructure économique et superstructure culturelle, cherche à approfondir les déterminants sociaux des mutations urbaines. Lefebvre avait inversé les niveaux d’appréhension de l’urbain, en voie de généralisation, sur lesquels la sociologie marxiste avait fondé ses analyses : base économique et superstructures. Donzelot recentre la nouvelle question urbaine sur le social que les niveaux infrastructurel (économique) et superstructurel (culturel) avaient voilé. L’urbanisme dans sa version fonctionnaliste est définitivement passé par perte et profit et la société urbaine retrouve ses droits. Reste à articuler l’urbain au social, la forme urbaine à la société, et ce, dans les analyses comme dans l’action, pour sortir une fois pour toutes des apories de la théorie et de la pratique abusivement dissociées.

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 C’est le mérite de Jacques Donzelot que d’avoir cherché à échapper aux fausses antinomies dans lesquelles s’enferrent les politiques, pour tenter de faire valoir une vision qui dépasse les clivages idéologiques de la gauche et de la droite. Non que les options politiques soient indifférentes, loin de là. Mais, il importe de les resituer là où elles ont un sens. Or, ce n’est certainement pas en opposant les personnes aux territoires, le principe d’égalité de traitement à celui de discrimination positive, ou la quête d’identité à l’exigence de mobilité plus en phase avec l’économie libérale et la mondialisation, que l’on progressera. Mais, d’une part, en se plaçant sur un plan politique indissociable d’une éthique et d’une économie centrées sur une notion de justice qui prenne en compte la disparité des situations et l’ouverture à la diversité des sensibilités, autrement dit sur l’équité ; d’autre part, en recherchant les compromis qui permettent d’avoir prise sur la réalité par-delà ses contradictions, autrement dit en optant délibérément pour le pragmatisme. Et ce, sans concession aux idéologies, d’où qu’elles viennent. Dans cette optique, comme nous y invite Donzelot, défions nous des croyances et sachons faire le lien entre les savoirs, si dispersés soient-ils, et l’action, qui exige cohérence. C’est tout l’art de l’aménagement urbain, discipline qui jamais ne se renouvellera trop dans un monde toujours plus globalisé et fragmenté comme la ville elle-même.

Mais l’aménageur ou le rénovateur doivent être modestes : l’équité est leur boussole, l’efficacité un impératif ; sachant qu’au-delà de l’urbain et du social, c’est au niveau de l’économique que tout se joue et que celui-ci déborde de toute part la ville. Aussi, la relation avec le politique, par delà les clivages, est capitale pour fonder l’action en restant relier au monde, et l’inscrire dans la durée. C’est un problème de gouvernance articulé à l’empowerment, dont la pratique, prise en étau entre éthique de conviction et éthique de responsabilité, requiert autant de lucidité que d’habileté, ou, pour le condenser dans un double mot : de savoir-faire.

A suivre
La politique de la ville confrontée à ses idéologies avec Milena Doytcheva

 


[1] A Ladder of Citizen participation (Journal of the  American Institute of planners de juillet 1969).

[2] On peut toutefois se demander si l’empowerment revenant à faire prendre en charge le développement des quartiers par les habitants, ne serait pas, transposé en France, un moyen expéditif pour le gouvernement de se décharger du problème. Après tout pourquoi demander aux habitants des grands ensembles de se prendre en charge ? A-t-on jamais sollicité les résidents des quartiers huppés de le faire ? Qui, en effet, mieux que le marché pourrait prendre en charge leur bien-être à travers le mécanisme de la rente foncière et la consommation. Et si l’Etat a dû se résoudre dans un passé récent à se substituer au marché dans les quartiers de relégation n’est-ce pas sur la base du constat de sa défaillance. Aussi, après avoir dans un premier temps transféré en partie ses compétences aux collectivités locales à la faveur de la décentralisation, est-il tenté de recourir à l’empowerment à l’américaine  pour pallier son impuissance à rétablir les lois du marché à la périphérie des agglomérations, là où elles se délitent ? Reste à savoir si la pratique américaine peut être accommodée en France et, si oui, au prix de quelles adaptations.

[3] Cf. Volonté générale ou délibération. Esquisse d’une théorie générale de la délibération politique (Le Débat n° 33, 1985).

[4] In La condition urbaine.

[5] V. Condition de l’homme moderne

[6] Cf. La France des cités – Le chantier de la citoyenneté urbaine (2013). Les six villes en question sont : Strasbourg, Grenoble, Lyon, Bordeaux, Les Hauts de Rouen et Villiers-le-Bel.

[7] V. notre compte rendu publié le 4 juillet 2013 dans la rubrique des tendances se réclamant du marxisme : la ville comme production sociale.  

[8] V. notre compte rendu publié dans la même rubrique le 16 juillet 2013.

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