XXI – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : la synthèse urbaine (3. Le déni de la forme urbaine)

De ZAD en ZAD

Photo du groupe de pétition de NDDL (Flickr)

Et si la réalisation d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’était, pour les zadistes s’entend, qu’un prétexte ?

Et si une Zone A Défendre – véritable anti-ville, mais dont l’antagonisme avec le monde rural contemporain n’est pas moindre – n’était qu’un alibi ?

Ce qui est sûr, c’est qu’elle est un détournement de procédure, celle des Zones                       d’Aménagement Différé ; si bien différé que c’est grâce à elle que la zone humide a pu être protégée, renforçant après coup la légitimité de la Zone A Défendre. Mais la question devient alors celle de savoir dans quel but et au profit de qui elle a été détournée ?

 La motivation de ses occupants ne serait-elle pas de fuir la ville pour se retrouver entre-soi ? Mais quelle sorte d’entre-soi ? Ni ethnique, ni de classe, ni de genre. De marginaux en mal de communauté, de casseurs potentiels prêts à en découdre ? Entre-soi de circonstance en tous cas, qui n’exclut certes pas la diversité, mais dont la solidarité, passée l’exaltation de l’union dans la contestation, doit encore être mise à l’épreuve de la durée et de la banalité de la vie quotidienne avec ses contraintes « hors normes ». Entre-soi non de statut mais territorial, qui peine à s’enraciner.

Où l’on voit que le fond du problème (The heart of the matter comme aurait dit Graham Greene) pour être bien enfoui n’en est que plus explosif : les pouvoirs publics ayant renoncé à la destination initiale de la ZAD, la question de son évacuation est suspendue à sa nouvelle vocation. Et si l’évacuation est ordonnée et exécutée, quel sort sera réservé aux zadistes, sachant que la plupart ne réintègreront ni la ville ni la campagne, qui, d’ailleurs n’en ont que faire. 

C’est que la ZADZone A Défendre, mais contre quoi : la ville et ses nuisances, la ruralité soumise à la  compétition économique ? Contre qui : les citadins et les agriculteurs grands consommateurs de nouvelles technologies et de pesticides ? – est leur dernier refuge. On peut bien, au vu de l’état d’entretien actuel de la zone, s’interroger sur leur capacité à la mettre en valeur selon les principes de l’écologie ;  en revanche, on ne saurait assimiler, comme on le fait souvent, la ZAD à une « zone de non-droit », et on peut au moins faire confiance à ses occupants pour édicter des normes à leur mesure, quitte à ce que ce soit sur le dos des autres : urbains et ruraux. Mais si la qualificatif de zone de non-droit est abusif, c’est bien en présence d’une zone d’exclusion volontaire que l’on se trouve, car les zadistes sont des sécessionnistes, doublement urbaphobes si l’on considère l’hégémonie de la culture urbaine sur la ville et désormais sur le monde rural, hégémonie qu’Henri Lefebvre avait anticipée en son temps.

Ne reste plus alors aux squatters de la zone qu’à se réinstaller sur d’autres ZAD, qui n’attendent que leur renfort (on en compterait une douzaine dans notre Hexagone). Et la question demeure de savoir jusqu’où la société – de culture urbaine généralisée – est prête à tolérer leur séparatisme et leur exclusivisme ?

La tragédie des zadistes est de se situer délibérément en marge du pacte social. « Si donc, écrit Rousseau dans Du contrat social, il s’y trouve des opposants, leur opposition n’invalide pas le contrat, elle empêche seulement qu’ils n’y soient compris ; ce sont des étrangers parmi les citoyens. » Avec quelles conséquences ?

On aimerait suivre Marielle Macé lorsque dans Le Monde du 25 janvier elle en appelle à Ovide, l’auteur des Métamorphoses, pour investir ces espaces émergents que sont Notre-Dame-des-Landes, Sivens, la forêt de Bure, Lampedusa… « parce que ce qu’il y a à imaginer, ce sont toujours d’autres idées de vie, d’autres formes de vie ; et parce que dans certains lieux les vies sont effectivement déjà autres, changeantes et imaginatives : elles se risquent, elles s’inventent et, en s’inventant, elles se prouvent. »

Aussi est-on fondé à poser la question : à quand Ovide en ville ? La forme urbaine, dans ses métamorphoses, peut-elle encore nous retenir ? Et derrière la forme matérielle, ou au-delà, n’y a-t-il pas beaucoup plus encore et même mieux pour nous attirer, nous séduire, avant que de nous retenir ? « Oui, s’écrie Marielle Macé, notre imagination politique, nos pratiques politiques (nos 1968 à nous), nous les jouons en grande partie dans ces paysages ovidiens, ces espaces métamorphiques que la lutte consiste à occuper, mais surtout à réhabiter, et où lutter revient à protéger et augmenter la vie elle-même […]. » Et pourquoi pas dans la ville, lieu de l’urbanité par définition, son essence !

Tel est après « l’impensé de la société urbaine » et avant « la construction du projet urbain » le sujet de ce jour de notre feuilleton sur nos « trois sites emblématiques de renouvellement urbain » : les 4000 de La Courneuve, Lyon-La Duchère, les quartiers Nord de Marseille ; compte rendu d’enquête réalisée en 2012-2016 sur la base d’une centaine d’entretiens dans le cadre d’un partenariat entre l’Institut CDC pour la Recherche, la SCET et l’Institut d’Urbanisme et d’Aménagement Régional d’Aix-en-Provence.   

Bonne lecture.

***

3. Le déni de la forme urbaine

X
La Duchère
L’avenue du Plateau vue de la place Abbé Pierre

Lire la suite « XXI – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : la synthèse urbaine (3. Le déni de la forme urbaine) »

XXII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : du projet urbain au projet social-urbain

De qui Macron est-il le président ?

C’était à la fin de l’année dernière (six mois après son élection) : Macron président des riches en vadrouille les 13 et 14 novembre dans les banlieues des Hauts-de-France et de Seine-Saint-Denis pour redresser son image. D’aucuns avaient alors estimé que ce n’était pas trop tôt !

C’était le mois dernier (soit, dans les deux mois qui ont suivi) : après une échappée à Davos, Macron président des villes battant  la campagne les 25 et 26 janvier en Auvergne pour, une fois de plus, tenter de faire mentir une réputation qui pouvait nuire à son ambition de transcender les clivages. D’aucuns se sont étonnés qu’après le long intervalle consécutif aux élections, nourri de polémiques sur une présidence par trop favorable aux riches, les deux déplacements aient été si rapprochés – mais séparés par le grand show de Davos –, brouillant la cartographie d’implantation de la richesse et de la pauvreté, entre lesquelles la classe moyenne, toujours aussi difficile à cerner, serait prise en étau. D’où l’abcès de fixation du monde politique sur son déclin supposé (et à sa relégation progressive dans les périphéries urbaines) en proportion de l’accroissement relatif de ses effectifs, enjeu électoral.

Macron équilibriste, faisant alternativement pencher à droite, à gauche le balancier pour se maintenir sur le fil le reliant à ses  concitoyens les plus éloignés  de la situation moyenne : entre richesse et pauvreté, centralité urbaine et périphérie, urbanité et ruralité.

Macron semblant découvrir que le « en même temps » est un sport d’autant plus périlleux que les riches ne sont pas les seuls en ville (ce qui a motivé une immersion en banlieues deux jours durant) et que les pauvres sont aussi à la campagne (d’où l’escapade de même durée en Auvergne). Sans doute, comme le pressentait déjà Henri Lefebvre il y a une soixantaine d’années prenant acte de ce qu’il n’y avait plus de société qu’urbaine – ce qui n’a pas empêché les inégalités de s’accroître depuis – y trouvera-t-il une justification de la création d’un ministère de la cohésion des territoires. L’hégémonie de la culture urbaine n’a pas gommé, bien au contraire, les différences de mentalité et les disparités de conditions sociales, avec leur conséquence en termes d’attitudes politiques : la polarisation. Paradoxe qui impose de remettre à plat les territoires pour rechercher le bon angle par lequel aborder les problèmes socio-économiques – et leur traduction spatiale – affectés par la mondialisation, elle-même produit de l’universalité et de l’irréversibilité du progrès technologique emporté par la contagion du numérique.

Reste à en tirer les conséquences et à démontrer qu’une politique équilibrée – économiquement efficace, socialement juste – est, dans un monde écartelé entre les extrêmes, encore possible ; à apporter la preuve, également, que la cure de rigueur budgétaire, dans un contexte d’urbanisation extensif autant, sinon plus, qu’intensif est compatible avec le progrès social ; à poser en conséquence le principe d’un « pouvoir d’agir citoyen » à l’encontre des tendances bureaucratiques et technocratiques d’une gouvernance à la dérive. Si transcender les clivages est bien dans la philosophie politique d’Emmanuel Macron, encore ne faudrait-il pas que le focus réglé par la gauche extrême (les Insoumis, pour ne pas les nommer) sur la minorité détenant une part disproportionnée de la richesse n’en vienne à masquer les mécanismes sous-jacents à la répartition des richesses (mondiaux plus encore que nationaux), qui ne sauraient se résumer à un problème de concentration entre quelques mains, lequel n’est qu’un épiphénomène ; de même que la concentration de la pauvreté sur certains territoires (grands ensembles des périphéries urbaines) n’est que l’expression spatialisée d’inégalités économiques autrement plus profondes.

Ce à quoi, pour nous en tenir à notre sujet d’étude, un projet urbain intégré devrait pouvoir contribuer en articulant les dimensions d’un renouvellement social inscrit dans un environnement bâti rénové avec l’objectif de restituer à la nature une place qu’on lui avait déniée au nom d’une certaine modernité. Sachant que c’est par la médiation du paysage que la société locale exprime son caractère et ses potentialités dans la forme urbaine dessinée par les hommes de l’art.

Bonne lecture.

***


4. Du projet urbain au projet social-urbain

La Courneuve
Maquette du projet de rénovation du secteur Sud des 4000 – Bernard Paurd, urbaniste

Lire la suite « XXII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : du projet urbain au projet social-urbain »

XXIII – TROIS SITES EMBLEMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : la politique de la ville en question

Chères lectrices, chers lecteurs

BE CAREFUL ! Cet article sur « La politique de la ville en question » a été rédigé à l’automne 2016 alors que notre enquête de terrain, émaillée de moult incidents, touchait à sa fin. Il ne vous aura pas échappé qu’une élection présidentielle s’est depuis déroulée, après une campagne prodigue en rebondissements et entachée de quelques scandales, dans un tumulte bien politicien reléguant quelque peu aux oubliettes, non la politique de la ville, qui n’a depuis longtemps plus rien à gagner à être mise sur le devant de la scène, mais la politique urbaine, laquelle aurait mérité mieux. Or, la question du devenir de la première n’en est pas moins inscrite en filigrane de la problématique de la seconde. D’autant que certains indices avaient à l’époque déjà attiré l’attention des observateurs avertis sur une évolution, discrète mais néanmoins sensible, relativement au rapport de la politique de la ville avec les politiques urbaines et des territoires en général. Prudents nous nous sommes refusé à jouer les Pythies, non sans subodorer une tendance que les élections ont précipitée, sachant que l’incertitude provenait moins d’une évolution interne au domaine en cause que du résultat des élections dont son sort était tributaire. C’est par conséquent en le resituant dans cette actualité que cet article doit aujourd’hui être lu pour juger du bienfondé de la création d’un ministère de la cohésion des territoires, flanqué d’un secrétariat d’Etat sans portefeuille, en lieu et place d’un ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, doté d’un secrétariat d’Etat chargé spécifiquement de la ville.

Rappelons qu’au terme du décret du 24 mai 2017, le nouveau ministère de la cohésion des territoires « élabore et met en oeuvre la politique du Gouvernement en matière de développement et d’aménagement équilibrés de l’ensemble du territoire national et de solidarité entre les territoires ». C’est à ce titre qu’il a compétence en matière d’urbanisme et de logement. Outre ses attributions dans le domaine du « développement et de la mise en valeur des territoires et espaces ruraux, de montagne et littoraux », il « élabore et met en œuvre la politique du Gouvernement relative à la ville, notamment aux quartiers défavorisés, à l’intégration et à la lutte contre les discriminations ». En conséquence de quoi, « il exerce la tutelle de l’agence nationale pour la rénovation urbaine » et « définit et met en œuvre le programme national de renouvellement urbain ».

La politique de la ville, sur laquelle la campagne électorale avait tiré un voile pudique, n’est pas oubliée mais intégrée dans un vaste ministère chargé, selon les propres termes du décret d’attribution, de veiller « à l’accompagnement des territoires dans leur développement et à la réduction des inégalités territoriales ; il est à ce titre responsable de la politique de lutte contre les inégalités en faveur des quartiers défavorisés des zones urbaines et des territoires ruraux ».

Rééquilibrage opportun alors même que la mondialisation et les excès du libéralisme économique remettent en cause l’égalité des chances promue par l’Etat-providence des Trente Glorieuses. A condition de s’en donner les moyens à la mesure des enjeux, différenciés selon que l’on a affaire à des métropoles, villes moyennes, périphéries urbaines ou au monde rural avec ses bourgs.

Quoi qu’il advienne, on ne pourra plus faire grief aux quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), territoires défavorisés parmi d’autres, d’être plus particulièrement stigmatisés. En outre, les attributions du ministère gagnent en cohérence par rapport au précédent qui mettait dans un même panier la ville, la jeunesse et les sports comme si la jeunesse était un privilège de la ville et que la culture y était bannie. La « politique de la ville » n’a pas été détrônée par la « politique urbaine », qui n’est pas nommément citée alors que l’urbanisme l’est aux côtés de la planification urbaine, de l’aménagement foncier et de l’habitat. D’autre part, le développement de la « région capitale » ainsi que celui des métropoles sont explicitement mentionnés.   

D’où l’intérêt présenté par la « grande mobilisation nationale pour les habitants des quartiers » lancée, entre autres initiatives touchant les villes et les territoires, par le président de la République les 13 et 14 novembre derniers lors de ses déplacements à Clichy-sous-Bois, Tourcoing et Roubaix.

A suivre, donc. Et en attendant nous soumettons à la sagacité de nos lectrices et lecteurs les interrogations, resituées dans leur contexte, que notre enquête sur la rénovation/renouvellement urbain des 4000 de La Courneuve, de Lyon-La Duchère et des quartiers Nord de Marseille a soulevées. Et ce, avant de conclure, à partir de la semaine prochaine, sur les enseignements que nos interlocuteurs, acteurs et habitants des quartiers (une centaine d’entretiens), ont tiré de leurs expériences et de leur vécu.

Bonne lecture.

***

X
Hôtel de Castries
Siège du ministère de la cohésion des territoires
72 rue de Varennes
Paris VIIe
Photo Mbzt / Wikimedia Commons

5. La politique de la ville en question

Lire la suite « XXIII – TROIS SITES EMBLEMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : la politique de la ville en question »

XXVI – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : un partenariat public-privé élargi

Chères lectrices, chers lecteurs

Un regard rétrospectif sur les politiques urbaines de la seconde moitié du XXe siècle nous aura, espérons-le, permis de saisir l’importance des évolutions et leurs limites, puisque, selon  Tancrède, le neveu du Guépard, pour « que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ».

Au terme de notre parcours prenant à témoin les 4000 de La Courneuve, Lyon-La Duchère et les quartiers Nord de Marseille, un bref rappel s’impose. C’est en juin 1964 que le Comité interministériel pour l’aménagement du territoire, encore sous l’influence de « Paris et le désert français » de J.-F. Gravier, instituait huit métropoles d’équilibre bientôt rejointes par cinq nouvelles. Quarante-six ans plus tard, par une loi du 16 décembre 2010, dite de « réforme des collectivités territoriales », était, entre autres dispositions, créé un nouveau statut de métropole en vue de renforcer les territoires ; les grandes agglomérations de l’hexagone étant censées être le moteur de leur croissance et de leur attractivité.  A la faveur de la victoire de la gauche aux présidentielles de 2012, était votée la loi de Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 27 janvier 2014 refondant les dispositions de la loi de 2010. Dans la foulée, la loi portant Nouvelle organisation territoriale de la République du 7 août 2015 (NOTRe) visait, conjointement à la réduction du nombre des régions métropolitaines, à  clarifier les compétences des collectivités territoriales. Au 1er janvier 2018, l’hexagone compte, au titre de ces lois, 21 métropoles, dont 3 à statut particulier : le Grand Paris ainsi que les métropoles d’Aix-Marseille-Provence et de Lyon (Grand Lyon).

Entre 1964, date de constitution des métropoles d’équilibre, et 2010, date de création du statut des nouvelles métropoles, d’une part la loi Boscher est intervenue le 10 juillet 1970 pour faciliter la création d’agglomérations nouvelles destinées, en réaction à la politique des grands ensembles, à absorber la croissance démographique de la capitale et des métropoles tout en desserrant leur tissu urbain ; d’autre part le retournement de la conjoncture allait précipiter une réorientation de la politique d’aménagement du territoire, initiée par le VIe plan (1971-1975), en faveur des villes moyennes, trait d’union entre grandes et petites villes, entre métropoles et monde rural (cf. les contrats de villes moyennes). Cinq décennies plus tard, en décembre 2017, le gouvernement annonçait un nouveau plan doté de 5 milliards sur 5 ans destiné à soutenir le développement des villes moyennes et à revitaliser leurs centres.

Voilà pour la politique urbaine, à laquelle est venue se superposer dans les années 70 la politique de la ville avec le lancement des procédures Habitat et Vie sociale (HVS). Outre la loi d’Orientation du 13 juillet 1991 consacrant le droit à la ville, rappelons que le 13 décembre 2000 était promulguée la loi relative à la Solidarité et au Renouvellement urbain et le 1er août 2003 la loi d’Orientation et de Programmation pour la Rénovation urbaine (cadre d’opérations de « construction-démolition ») évoquant les procédures du même nom, objet d’un décret du 31 décembre 1958 (opérations dites « bulldozer »). Mais, le 14 février 2014 était promulguée la loi de Programmation pour la Ville et la Cohésion urbaine revenant à la notion de « renouvellement urbain ». Et, le 14 novembre dernier, le président de la République en visite dans le Nord annonçait le retour de J.-L. Borloo, auteur de la loi de 2003, chargé de l’élaboration d’un nouveau plan en faveur des quartiers en difficulté.

« Eternel retour », peut-être, mais sûrement pas « du même », tant les conjonctures sont différentes et les contextes nouveaux. Allers-retours sémantiques, révélateurs d’errements méthodologiques à l’origine d’impasses et de dérives ayant brusqué une évolution faisant passer à l’arrière plan les politiques urbaines, supplantées par des politiques de la ville appelées à en corriger les défaillances. D’où, entre autres mesures à caractère social, les investissements, publics et privés, destinés à pallier les écarts de développement entre territoires (objet du présent article) justifiant le remplacement du ministère en charge de la ville par un ministère de la cohésion des territoires.

Bonne lecture.

X
Siège de la Caisse des Dépôts et Consignations
Quai Anatole France – Paris 7e
Photo Metalheart/Wikimedia Commons

3.  Un partenariat public privé élargi : plus d’investissement privé dans les quartiers prioritaires politique de la ville, plus d’Etat en dehors

Lire la suite « XXVI – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : un partenariat public-privé élargi »

XXVII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : l’égalité et la citoyenneté au secours de la solidarité et du renouvellement urbain

Chères lectrices, chers lecteurs

Dans notre précédent article nous avons cherché à démontrer comment la résorption des écarts de développement entre les Quartiers Prioritaires de la Politique de la Ville (QPV) et les autres quartiers impliquait à la fois plus d’investissement privé dans les premiers et plus d’Etat dans les seconds. Equilibre sans doute difficile à atteindre en période de restriction budgétaire et en raison du manque d’attractivité des quartiers dits prioritaires, sachant que l’attractivité dépend de l’investissement privé et en est « en même temps » la condition. C’est dire combien il importe de jouer sur tous les leviers du renouvellement urbain, relevant tant du cadre architectural et paysager que des équipements et du développement économique : cercle vertueux auquel est suspendue la réalisation d’une égalité des chances entre territoires, objectif désormais assigné au nouveau ministère de la cohésion des territoires concentrant les attributions des deux précédents ministères réciproquement en charge de l’aménagement du territoire et de la ville. Ce n’est pas parce que la ville s’efface derrière les territoires qu’elle disparaît ; bien au contraire puisque, de la ville ou de la campagne, nous sommes tous tributaires d’une civilisation urbaine, mais les inégalités économiques sont d’autant plus assurées de perdurer qu’elles se cristallisent dans les valeurs foncières.

Il est, toutefois, un autre enjeu que les attentats de 2015 et 2016 ont  contribué à mettre en avant : celui de la « mixité » censée pallier les méfaits de disparités sociales redoublées par les fractures territoriales. D’un problème de nature économique on est passé brutalement à un problème de peuplement impliquant la sélectivité, au risque d’occulter le premier,        pourtant  déterminant  :  d’où  l’accent  désormais  mis  sur  la « cohésion » plutôt  que  sur  l’ « aménagement ».

Tel est le sujet de l’article que nous vous proposons cette semaine, avant d’aborder la semaine prochaine la question, qui fait polémique, de la place de la religion dans l’espace public, laquelle fera l’objet du dernier article de notre feuilleton sur le « renouvellement urbain » appréhendé à travers les Quatre mille de La Courneuve, Lyon-La Duchère et les quartiers Nord de Marseille.

Bonne lecture.

X
La Courneuve – Quatre mille Sud
Ecole Joséphine Baker

4. L’égalité et la citoyenneté au secours du la solidarité et du renouvellement urbain

Lire la suite « XXVII – TROIS SITES EMBLÉMATIQUES DE RENOUVELLEMENT URBAIN : l’égalité et la citoyenneté au secours de la solidarité et du renouvellement urbain »