Guy Burgel Professeur de géographie urbaine. Université Paris-Nanterre
Michel Wieviorka
Président du directoire.
de la Fondation de la maison
des sciences de l’homme
Marie-Vic Ozouf-Marignier
Directrice d’études.
École des Hautes Études
en Sciences Sociales
Patrick Février
Secrétaire délégué du Comité
d’histoire.
MTES-MCTRCT
Le séminaire Analyse et politique de la ville se poursuit autour des valeurs qui l’ont toujours animé depuis sa création à l’Université de Paris Nanterre au Laboratoire de Géographie Urbaine (LGU) : l’approche pluridisciplinaire des processus urbains, les comparaisons internationales, l’ouverture sur la société civile, les collectivités territoriales, les élus et les professionnels de la ville. Le séminaire continue en 2018-2019 selon la formule éprouvée en 2017-2108, en collaboration avec la Fondation de la Maison des Sciences de l’Homme (FMSH), l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et le Comité d’histoire du ministère de la Transition écologique et solidaire.
Cette année, l’interrogation portera sur l’idée reçue que la financiarisation croissante de la fabrication de la ville enlèverait toute liberté à l’action politique, conçue aussi bien comme expression institutionnelle que comme participation citoyenne. Trois enjeux illustreront cette problématique : la production des matérialités urbaines (espace et architecture), la gestion des services publics, la sauvegarde des environnements naturels et culturels.
D’où les trois sessions suivantes :
❖ Promotion immobilière et forme urbaine Jeudi 20 décembre 2018 MSH, 54 boulevard Raspail, Salle du Conseil, 1er sous-sol
❖ Investissements privés et services publics Vendredi 22 mars 2019 EHESS, 96 boulevard Raspail, salle Lombard
❖ Compétitivité économique et valorisation des patrimoines Vendredi 24 mai 2019 MSH, 54 boulevard Raspail, Salle du Conseil, 1er sous-sol
Nous avons le plaisir de vous présenter aujourd’hui le compte rendu de la première session de l’année 2018-2019 – Promotion immobilière et Forme urbaine – qui s’est tenue le 20 décembre dernier à la MSH avec l’ordre du jour suivant :
Introduction :Marie-Vic Ozouf-Marignier (historienne-géographe, EHESS) ; Guy Burgel (Géographe, LGU) ; Patrick Février (secrétaire général délégué du Comité d’histoire)
– Regard croisés sur les rapports entre ville et forces économiques :Florence Bourillon (historienne, Université Paris-Est Créteil) ; Jacques Lautman (sociologue, Université d’Aix-Marseille) ; Philippe Baffert (juriste, ancien chef du Bureau du droit de l’urbanisme)
– Un cas d’école ? EuropaCity : Claude Brévan (ancienne Déléguée interministérielle à la Ville, Commission nationale du débat public)
– Table ronde : Jeux d’acteurs : Frédéric Jung (architecte, maître d’oeuvre de la réhabilitation des Magasins généraux de Pantin) ; Jean-Luc Poidevin (Directeur général délégué de Nexity) ; Jean-Yves Chapuis (urbaniste, ancien vice-président de Rennes Métropole)
Conclusion :Marie-Vic Ozouf-Marignier ; Guy Burgel
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Collectif de préparation de la session : Philippe Boudon, Jacques Brun, Galia et Guy Burgel, Marc Desportes, Patrick Février, Gilles Montigny, Reza Naderpoor, Marie-Vic Ozouf-Marignier, Suzanne Paré, Jean-François Serre
Compte rendu :Jean-François Serre et Gilles Montigny
Financiarisation de la ville et liberté du politique
La tenue du Salon de l’agriculture est l’occasion pour la presse de relancer le débat sur les rapports ville–campagne, sur la misère des campagnes face à la prospérité des villes, sur le parti pris d’un président de la République pour la ville, en rappelant que les ruraux n’avaient représenté que 22,3% des électeurs de Macron, ce qui a fait dire à Jérôme Fourquet de l’IFOP qu’ « il avait gagné en s’appuyant sur une France qui va bien, des cadres éduqués vivant dans les grandes villes » [*]. De quoi désespérer de la politique si elle n’a d’autre justification que de se préoccuper de ce qui va bien, sans chercher à remédier à ce qui va mal !
L’actualité ferait-elle démentir la vision de la société qu’Henri Lefebvre décrivait prémonitoirement, il y a un demi-siècle, quand il écrivait « la société entière devient urbaine », « la société urbaine ne peut se définir que comme planétaire », « le phénomène urbain manifeste son universalité » ; précisant : « … les contradictions ne se situent plus entre la ville et la campagne. La contradiction principale se déplace et se situe à l’intérieur du phénomène urbain : entre la centralité du pouvoir et les autres formes de centralité, entre le centre richesse-pouvoir et les périphéries, entre l’intégration et la ségrégation. »[**]
La circonstance que le Salon de l’agriculture se tienne, Porte de Versailles, dans la ville capitale, aurait-elle échappé à la perspicacité des observateurs ? Il y a pourtant longtemps qu’il a supplanté les comices agricoles (c’est en 1925 que le Concours général agricole déménage au parc des expositions de Versailles, qui accueillera en 1964 le premier Salon international de l’agriculture). Le fait ne témoigne-t-il pas de la domination de la culture urbaine, y compris sur le monde rural, ses activités et les loisirs qu’il offre par campagne interposée. Pour le meilleur et le pire observeront certains, ce qui n’enlève rien à la réalité du phénomène ; mais l’emprise des nouvelles technologies (numériques) sur les techniques agricoles pose dans de nouveaux termes les contradictions internes d’une société pliant sous l’hégémonie urbaine : de nature plus économique que sociale, et de nature plus sociale que culturelle. Si les contradictions se déplacent, c’est bien à l’intérieur de la société urbaine qu’il faut chercher à les élucider pour les résoudre et non dans une opposition stérile de la ville et de la campagne, d’un esprit de la ville (urbanité) et d’un prétendu esprit de la campagne (ruralité).
Hasard du calendrier, l’étude annuelle des Métiers de l’immobilier et de la ville révèle qu’ils ont connu une croissance de 3% entre 2015 et 2016, soit 2,5 fois supérieure à celle de l’économie dans son ensemble. Or, il s’avère que les entreprises, confrontées à des difficultés de recrutement, se retrouvent piégées par cette euphorie du fait de la concurrence d’activités, jugées plus attractives, des autres secteurs de l’économie nationale : près de la moitié des étudiants estimant plus valorisant de se tourner vers les secteurs touchés par la révolution numérique que vers les métiers de la ville qui ont encore du mal à l’intégrer. L’étude met en cause la fragmentation du secteur en France, la formation et des instruments financiers peu favorables à l’innovation [***].
C’est dans cette conjoncture que, après avoir retracé les évolutions parallèles de la législation et de la littérature de l’urbanisme, nous publions aujourd’hui le deuxième volet de nos conclusions portant sur le frein que constitue le foncier à un développement urbain équilibré. Sur ce point également la question est plus que jamais d’actualité après que Didier Mingaud, premier président de la Cour des Comptes auditionné par la Commission des finances de l’Assemblée nationale ait dénoncé la dérive supérieure à 50% du coût des travaux du Grand Paris Express (aujourd’hui estimé à 38,5 milliards au lieu de 25,5 en 2013). Mais que dire des coûts fonciers ? Déjà en novembre 2015 la CCI Paris Ile-de-France tirait la sonnette d’alarme sur les risques de « renchérissement des coûts du foncier et des niveaux de loyers, incompatibles avec les modèles financiers des TPE-PME et de certains secteurs d’activités productives », par ailleurs pourvoyeurs d’emplois. Elle notait à ce sujet que « le foncier économique souffre d’un manque de visibilité et d’un manque de volonté politique ». La note de conjoncture de l’Observatoire Régional du Foncier en Ile-de-France (ORF) de février 2018 a eu beau déclarer qu’il n’y avait pas « à ce jour d’effet gare du Grand Paris sur les prix de l’immobilier » d’un département comme celui des Hauts-de-Seine cité en exemple, elle n’en notait pas moins que d’une manière générale « de plus en plus de propriétaires tentent de capter une partie de la plus-value supposée qu’apporteront les projets d’aménagement. »
Mais, s’agissant de cette question du foncier, à laquelle une ville comme La Courneuve, siège d’une des gares du Grand Paris Express, va être confrontée, revenons aux enseignements que notre enquête sur le renouvellement urbain nous a livrés.
Bonne lecture.
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[*] Cité par Solenn de Royer dans Le Monde du 23 février 2018.
[**] In Le droit à la ville (1968), La révolution urbaine (1970) et Espace et politique (1972).
[***] Cf. supplément Eco & Entreprises du Monde du 17 février.
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Centre commercial du Merlan
2. Le foncier, angle mort du développement urbain
La ville est l’inscription au sol des rapports sociaux. Henri Lefebvre – La révolution urbaine