La sociologie, la psychosociologie, l’ethnologie reconstruisent leur objet pour mieux l’appréhender, que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur, sans pouvoir échapper aux biais de la subjectivité.
Il y aurait pourtant deux manières de prendre ses distances avec l’objet : en cantonnant la connaissance dans un cadre temporel et spatial strict. Voyage dans le temps ou l’espace débarrassés des contingences de la subjectivité. C’est la démarche de l’historien et du géographe, chacun avec ses outils d’analyse propres. Mais, sauf à vider le temps et l’espace de tout contenu ne retombe-t-on pas dans les apories de l’objectivité sinon de l’impartialité ?
Une question préalable se pose : pourquoi après avoir quitté le continent de la sociologie et avoir tenté d’aborder celui de l’analyse systémique à partir de fondations biologiques, laquelle soulève plus de problèmes qu’elle n’en résout, se placer sous l’empire de l’ethnologie ou anthropologie urbaine ? Sinon pour accuser une coupure épistémologique et instaurer une distance par rapport à l’objet d’étude, la ville, dont la familiarité, malgré le structuralisme et les analyses en termes de système, risque d’induire un biais nuisible à l’objectivité. On doit à Georg Simmel d’avoir introduit dans la ville la figure de l’étranger pour illustrer l’ambivalence du citadin, libre et aliéné à la fois. Le sociologue, quant à lui, en revêtant l’habit de l’ethnologue, en se muant en étranger à sa propre culture, espère-t-il mieux saisir l’étrangeté de la ville dont il est trop coutumier ? Ou bien, en adoptant une perspective plus ample, celle de l’anthropologue, aurait-il l’ambition, en remontant au plus près des sources de notre humanité, de renouer avec les racines de notre urbanité ?